...attentivement le Bref examen critique dont je vous ai parlé au début de notre discussion, et souvenez-vous de l’une des conclusions de ce document, celle que je vous ai déjà mise sous les yeux :
“II est évident que le nouvel ORDO MISSAE renonce en fait à être l'expression de la doctrine que le Concile de Trente a définie comme étant de foi divine et catholique. Et cependant la conscience catholique demeure à jamais liée à cette doctrine. Il en résulte que la promulgation du nouvel ORDO MISSAE met chaque catholique dans la tragique nécessité de choisir.”
Ce travail a été inspiré par de grands théologiens, il constitue un résumé de leurs analyses. De l’un d’eux, le P. de Blignières écrivait au moment de son décès qu’il était un “disciple profond et original du Docteur commun, avec les fulgurances surprenantes qui sont souvent celles du génie” (Le mystère de l’être, Libr. Vrin, p. 37). Que ce travail ne constitue pas des “preuves évidentes” pour tout le monde, quoi d’étonnant ? Ce ne sont jamais les meilleures démonstrations qui arriveront à mettre les hommes d’accord.
Du reste, dans son épître aux Galates, l’apôtre saint Paul leur demande-t-il de commencer par se mettre d’accord entre eux avant de prendre publiquement position ? Pas du tout. C’est à chacun d’eux, savants ou non, qu’il recommande avec insistance d’observer si ce qu’on prétend leur enseigner maintenant (le “nouvel évangile”) est bien conforme à la doctrine qui leur a été enseignée jusqu’alors. Et, en cas de divergence, de rejeter, non la doctrine antérieure, mais la nouvelle, et avec elle, ceux qui la leur enseignent : “qu’ils soient anathèmes !”
Que vous soyiez d’un avis contraire, j’ai eu tout le temps de m’en apercevoir, mais cela ne me regarde pas, je n’ai absolument aucune autorité pour vous imposer le mien, ni vous de m’obliger à partager le vôtre. Je vous redis seulement, à la suite de saint Paul et de ses grands commentateurs (saint Thomas d’Aquin, saint Vincent de Lérins, etc.) :
– tous sans exception nous avons le devoir, chacun à la mesure de nos capacités, de vérifier attentivement la compatibilité de l’enseignement actuel avec l’enseignement antérieur ;
– et cela quelle que soit l’autorité supposée de ceux qui prétendent nous enseigner ces nouveautés : même un apôtre, même un ange venu du Ciel, et donc, a fortiori, même un successeur de ces apôtres !
Si jusqu’à Vatican II, aucun d’entre eux n’a contredit la doctrine de ses prédécesseurs, rendons-en grâce à Dieu ! Mais nous n’avons reçu de Lui aucune garantie qu’il en irait toujours ainsi : l’enseignement de saint Paul et les lois de l’Église que je vous ai rappelées le prouvent.
Au jour du Jugement, chacun rendra ses comptes, du plus grand au plus petit. Et il ne s’agira pas à ce moment de se cacher derrière telle “autorité” supposée infaillible ou telle “démonstration” ou absence de démonstration.