Je crois vous l’avoir déjà dit : l’Église a déjà répondu à cette objection. Sa législation a comporté pendant des siècles la maxime : “Le premier siège n’est jugé par personne, sauf s’il dévie de la foi.” La législation de Paul IV, confirmée par saint Pie V, était même encore plus explicite puisqu’elle envisageait le cas extrême de l’élection d’un hérétique sur le siège de Pierre, et qu’elle déniait toute légitimité à ses actes publics, y compris ses nominations : même certains sédévacantistes ne vont pas jusque là.
Je ne prétends nullement que cette législation est toujours en vigueur : c’est même le contraire qui est le plus probable. Mais peu importe : une législation imposée un temps à tous les fidèles par l’Église – et dans cas-ci, on parle de centaines d’années – ne peut en aucune façon s’opposer à la constitution divine et aux promesses de Notre-Seigneur : pour avoir supposé le contraire, les jansénistes réunis au synode de Pistoie ont été condamnés par le pape Pie VI, et plusieurs papes (entre autres Grégoire XVI et Léon XIII) ont rappelé depuis lors cette condamnation.
Votre objection est d’ailleurs facile à écarter : la tradition se limite aux doctrines reçues par les apôtres et aux conséquences de celles-ci (les “vérités connexes”). Vous pouvez être certain que, si on avait pu opposer aux dogmes récents de l’Immaculée Conception, de l’infaillibilité ex cathedra ou de l’Assomption, l’un ou l’autre enseignement antérieur de l’Église, les papes Pie IX et Pie XII se seraient empressés de renoncer à leur promulgation. Du reste, le texte de ces promulgations fait explicitement allusion aux recherches historiques qu’ils avaient menées auparavant : dans le cas de l’Immaculée Conception, Dom Guéranger était remonté jusqu’à l’apôtre saint André ! Rien de similaire n’a été obtenu pour justifier les déclarations de Vatican II, et pour cause : même le P. Congar, chargé par Paul VI de cette enquête en ce qui concerne la “liberté religieuse”, a fini par reconnaître son échec bien des années après la clôture du “concile”...
En pareil cas, les portes de l’enfer ne pourraient prévaloir que si tous les fidèles étaient privés de points de repère. Mais c’est le contraire qui est vrai : l’enseignement pontifical, au moins jusqu’à Pie XII inclus, s’oppose à des documents telles que Dignitatis humanæ et Nostra Ætate, ce que même leurs partisans commencent à admettre (voir les récentes déclarations de P. Rhonheimer).