...puisqu’il paraît même que Benoît XVI songe à en faire un docteur de l’Église. Docteur ou pas, Newman expliquait fort bien, alors qu’il n’était encore qu’anglican, pourquoi il est impossible de confondre l’attachement à la tradition apostolique avec le libre-examen luthérien :
“Quand ils parlent de doctrines, ils entendent des doctrines universellement professées. Ils sont témoins du fait qu’elles étaient reçues, non pas ici ou là, mais en tous lieux. Ces doctrines, nous ne les acceptons donc pas simplement parce qu’ils les soutiennent, mais parce qu’ils portent le témoignage qu’alors, partout, tous les chrétiens les professaient. Et quoique nous tenions les Pères pour des sources dignes de foi, l’autorité que nous leur reconnaissons, si elle n’était que personnelle, nous serait insuffisante. S’ils venaient à soutenir exactement les mêmes doctrines, mais en disant : « Telles sont nos opinions ; nous les avons déduites de l’Écriture et elles sont vraies », nous pourrions hésiter à les recevoir de leurs mains. Nous pourrions à juste titre alléguer un droit égal à tirer nos propres déductions de l’Écriture ; dire que les interprétations de l’Écriture ne sont que des opinions, et que si les nôtres rejoignaient les leurs, ce serait là une heureuse coïncidence qui fortifierait d’autant notre confiance en eux ; sinon, il n’y aurait rien d’autre à faire que de suivre notre propre lumière. En matière de foi, aucun homme n’a le droit d’imposer à un autre ses propres déductions. Il y a certes, pour les ignorants, l’obligation évidente de se soumettre à plus instruits qu’eux, et il est dans l’ordre des choses que pour un temps les jeunes reçoivent sans condition l’enseignement de leurs aînés ; mais, en-dehors de cela, l’opinion d’un homme ne vaut pas mieux que celle d’un autre.
Toutefois, en ce qui concerne les premiers Pères, la question n’est pas là : ils ne font pas état de leur opinion personnelle ; ils ne disent pas : « Cela est vrai parce que nous le voyons dans l’Écriture », au sujet de laquelle les interprétations peuvent diverger, mais ils disent : « Cela est vrai parce que, de fait, cela est cru, et l’a toujours été, dans toutes les Églises, sans aucune interruption, depuis les apôtres jusqu’à nous ». La question qui se pose alors est simplement celle du témoignage, celle des moyens à leur disposition pour savoir s’il en avait été ainsi et s’il en était toujours ainsi ; car si telle était bien la tradition suivie par tant d’Églises, dans un même temps et indépendamment les unes des autres et, semble-t-il, depuis les apôtres, il ne fait pas de doute que cette tradition ne puisse être que vraie et apostolique.”
Source : John Henry Newman, L’Antichrist, Ad Solem 1995, p. 28-29.