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La monarchie maurrassienne est d’une autre nature que la monarchie traditionnelle et ces deux monarchies sont inconciliables. La monarchie de la Constitution de 1791 — qui fut une tentative de conciliation des deux principes — échoua lamentablement au bout de quelques mois seulement. En effet, comment Louis XVI qui avait reconnu institutionnellement la souveraineté de Dieu lors de son sacre, pouvait-il par ailleurs assumer son serment de fidélité à la Constitution qui proclamait la souveraineté de la nation ?

Si Léon XIII, par le Ralliement de 1892, convertit énormément de catholiques au régime républicain moderne bien que celui-ci niât expressément dans sa constitution le droit divin, une frange importante résistait aux injonctions pontificales et restait royaliste.
Maurras réussit le tour de force d’un ralliement de cette frange à la Modernité en dénaturant la monarchie par une doctrine prétendument scientifique qui visait d’abord, nous l’avons vu, à remplacer le droit divin.

Malgré cette approche soi-disant rationnelle de la monarchie, il ne put se passer du droit divin qu’au prix de trois actes de foi, générant trois cultes, trois religions selon les propres termes de Maurras :
- l’acte de foi positiviste en une « déesse Humanité » en devenir,
- l’acte de foi de l’Empirisme organisateur en la « déesse Raison »,
- l’acte de foi nationaliste en la « déesse France ».

Le grand historien anglais Arnold Toynbee résume ainsi semblable démarche :

Étant donné que l’homme ne peut vivre sans religion, quelle qu’en soit la forme, le recul du christianisme en Occident a été suivi par la montée de religions de remplacement sous la forme des idéologies post-chrétiennes — le nationalisme, l’individualisme et le communisme.

Arnold Toynbee cité par Jean-Pierre Sironneau, Sécularisation et religions politiques, 1982, Paris, Mouton Publisher, p.206.

À l’instar du libéralisme (l’individualisme) et du socialisme, le nationalisme maurrassien se présente aussi comme une idéologie fille de la Révolution ; il en a en effet toutes les apparences et les prétentions que relève un François Furet :

[L’idéologie est] un système d’explication du monde à travers lequel l’action politique des hommes a un caractère providentiel, à l’exclusion de toute divinité.

François Furet, Le passé d’une illusion, Ed. Livres de poche 1995, p.17.

L’amour légitime de tout être humain pour son pays ne saurait se confondre avec le nationalisme.
Un pays n’est pas une personne, il y a véritablement escroquerie à lui attribuer une volonté et une âme — qui plus est immortelle. Ce qui anime l’ancienne France, son principe organisateur, sa forme pour parler comme les métaphysiciens, est ... son prince, ou plutôt son institution. En ce temps, l’amour du pays se confond avec l’amour du roi :
- l’amour de cette figure de Dieu sur Terre, son lieu-tenant et son auxiliaire, qui tire et conserve son autorité de sa fidélité au projet divin,
- l’amour de cette incarnation de l’institution qui garantit le bien commun.

C’est la raison pour laquelle depuis Henri V, chaque successeur désigné par les Lois Fondamentales du Royaume ne cesse de réaffirmer : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout ».

Ce n’est qu’à la Révolution que naissent politiquement les idéologies et leur culte de l’homme. L’idéologie nationaliste est le culte que le citoyen se rend à lui même en prétendant être bon en soi, du seul fait d’appartenir à sa nation. La nation devient alors rédemptrice, Dieu n’est plus nécessaire et elle le remplace.

Malgré les haines que les idéologies se vouent les unes aux autres, il y a donc, par nature, moins de différence
- entre un nationaliste — fût-il monarchiste — et un libéral ou un socialiste,
- qu’entre un nationaliste et un tenant de la monarchie traditionnelle, la monarchie de droit divin.

Aussi est-il difficile de comprendre ces catholiques qui s’engagent dans des partis politiques tous inféodés à une idéologie.

En particulier, les partis nationalistes — qui rassemblent actuellement dans un œcuménisme dévoyé néopaïens, nationalistes révolutionnaires, identitaires disciples d’Evola ou de Guénon — n’ont jamais cessé d’instrumentaliser les catholiques de tradition ; Maurras nous en a donné la raison : ces derniers fournissent des troupes qui « POSSÈDENT UNE DISCIPLINE DU PLUS GRAND PRIX »

La méthode est bien rodée avec toujours les mêmes slogans mobilisateurs :
- « la patrie est en danger » selon le mot de Danton qui en appelle à l’union nationale pour sauver la Révolution et légitimer la Terreur (les massacres de septembre).
- « laissons pour le moment le droit divin, il est urgent de faire l’unité de tous les défenseurs de la nation. »

Or parmi les nationaux-catholiques, ceux qui du bout des lèvres évoquent encore la doctrine du Christ-Roi, n’y croient plus vraiment. En effet, s’est-elle jamais concrétisée hors de la monarchie traditionnelle ? À la manière moderniste ils finissent par la considérer comme une thèse à reléguer au rang des abstractions.

En revanche l’hypothèse, le compromis nationaliste, les amène en pratique à l’apostasie du droit divin et à hurler avec Maurras et les autres modernes : « NOUS NE VOULONS PAS QU’IL RÈGNE ! »

(fin de citation)

Charles MAURRAS : Comment instrumentaliser les catholiques par François le 26-07-2012 (17:43:28)
    Conclusion par François le 27-07-2012 (10:22:56)
       Conclusion à la conclusion ... par Exocet le 27-07-2012 (11:01:16)
          Décret de condamnation de l’Action Française, par Saint Pie X et... par François le 27-07-2012 (11:45:02)
             Belle collection à la récupération. par Spirit le 27-07-2012 (13:22:37)
                Théories fumeuses par Gentil Loup le 27-07-2012 (19:47:46)

 

 

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