Quel sentiment de peur ou d'inimitié peut conduire un esprit à affirmer sans blêmir qu'il est normal qu'une personne subisse un martyre ? Oui, répétons-le car on craindrait de ne pas comprendre tellement cela consiste à juger les autres. Vous affirmez qu'il est normal qu'une personne subisse un martyre. Pour ma part, combien même la personne aurait commis tous les crimes du monde, j'aurais du mal à envisager la "normalité" qui devrait la conduire au martyre.
Nous sommes des enfants certes meurtris parce que nous avons un père qui dispense des choses qui nous paraissent malmener la foi. Il est de notre devoir de ne pas le juger et de ne pas prévoir pour lui de châtiment. Evaluer le degré de souffrances qu'il serait normal qu'il supporte, c'est déjà lui porter une certaine forme de condamnation. Pour ma part, je me permets de proscrire les faits, certainement pas les consciences.
Par ailleurs, j'aimerais aussi nuancer votre propos. En libérant la messe, en levant la sanction qui touchait nos évêques, le pape a posé des actes bénéfiques et courageux qui lui ont valu les pires souffrances. Pour être honnête, pour un théologien issu du milieu le plus progressiste qui soit (l'Allemagne des années 1960), c'est un véritable miracle. Cela n'efface certes pas les visites dans les synagogues ou les mosquées, mais cela empêche de présenter des réalités d'un seul tenant.
Quand on lit des propos qui ont tellement peur que leurs proches puissent attribuer une once de bonne volonté au pape au point de recourir à l'outrance pour le juger, on ne peut que se lamenter de voir que la crise a fait d'eux ses victimes. De mon côté, leur jugement à l'emporte pièce et catégorique ne me paraît pas plus crédible que celui qui veut faire du pape une idole qu'on ne pourrait à peine toucher et qu'il faudrait contempler. L'excès n'est pas éloigné de l'insignifiance...