L’Institut du Bon Pasteur a
récemment reçu une lettre de Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontificale
Ecclesia Dei, enjoignant les prêtres de l’IBP à faire leur le concile Vatican
II, à parler de rite « propre » plutôt que de rite « exclusif »
pour désigner l’ancien missel et à troquer la critique constructive du Concile
pour l’herméneutique de la continuité…
L’un des prêtres de l’Institut,
Don Stefano Carusi tient depuis quelques années un blog Disputationes Theologicae qui a notamment diffusé la pensée de Mgr
Brunero Gherardini, lequel démontrait clairement que plusieurs textes de
Vatican II contredisaient le magistère antérieur. En cela, le blog a eu le
mérite de ne pas s’affranchir de la critique. Était-elle constructive ?
Pour ma part, j’ai tendance à penser que Mgr Gherardini déconstruisait le
Concile plutôt qu’il ne servait à le consolider… Du moins, consolidait-il la
vérité ! Sans doute, certains inconditionnels de Vatican II se sont-ils
aperçus du progressif démantèlement de leur nouvel évangile et ont-ils persuadé
Mgr Pozzo de changer l’arsenal de l’IBP.
Don Carusi a profité de la fête de saint Athanase, brillant défenseur de la foi, pour rédiger sur son site une première réponse de l’Institut au prélat romain. Elle est diplomate mais
assez claire, dans un style très italien. Le sourire de circonstance y est, il
ne fait que masquer en façade la véritable intention. En quelques sortes, on perçoit d'abord l’enrobement d’une gelati,
mais le message est aussi froid que la glace. En retirant les fioritures, on
lit à propos des deux points litigieux (la messe et le Concile) ceci :
* Sur le problème de la messe, l’abbé
dit faire siennes les réserves du Bref examen critique du cardinal Ottaviani
torpillant le Nouvel Ordo. Sa conclusion est claire : « Nous pensons donc que le terme « exclusive » doit être
maintenu, et ce, conformément aux engagements pris publiquement par nous. »
Exit la demande sur le rite propre.
* A propos du Concile, Don
Stefano défend la possibilité pour son institut de mener une critique « sérieuse
et constructive ». Il revendique « la
possibilité - et le devoir filial - de dire ouvertement au Saint Siège que
certains points [de Vatican II] pourraient
demander une reconsidération. » A cette occasion, il requiert du pape,
et à la suite de Mgr Gherardini, des textes magistériels pour réaffirmer la
vérité « surtout là où la continuité
[avec la Tradition] ne serait pas
démontrée ». (On aurait tout de même tendance à dire : ne sera
pas démontrée ?)
Au cours de sa réponse, l’abbé
Carusi n’hésite pas à mettre en balance, face aux exigences de Mgr Pozzo, l’existence
même de l’IBP : « Nous nous
demandons : sans l’ « exclusive » et en mettant de coté la « critique
sérieuse et constructive », le Bon Pasteur conserverait-il sa raison
d’exister ? » Aussi, pour terminer, après avoir mis en garde
contre « le danger de l’obéissance indue ou du servilisme et de la perte de ce que
nous représentons », Don
Stefano affirme sobrement à propos de ces demandes romaines, qu’il « déduit qu’elles ne sont que des
invitations ». C’est une façon de dire élégamment qu’il ne les
reçoit absolument pas comme une obligation et que pour sa part, il n’entend pas
s’y conformer. Quelle sera la réponse du supérieur et de son chapitre général ?
Peu après sa création, la Fraternité
Saint-Pierre avait été testée sur le biritualisme. Elle avait fait preuve de
fermeté. Peut-être le chapitre général de l'IBP servira-t-il, plutôt que de la gelati italienne, une coupe colonel, sans mousse rose, mais agrémentée de jus de citron et arrosée de vodka pour répondre par la négative au titre de cet article de Don Stefano : « le « rite propre »
et « l’herméneutique de continuité » sont-ils suffisants ? »